Situation dans la zone d’intervention d’ASF-Dungu en 2009

Publié le 1 avril 2010

Catégories: 2009, Avions Sans Frontières

ASF-Dungu a été spécialement actif en 2009 pour appuyer l’action des organismes humanitaires et venir en aide aux populations sinistrées de la région touchées  par les exactions de la LRA en évacuant les blessés et les malades graves et en transportant les médicaments, les vaccins ou les personnes ressources.

Comme l’indiquent les statistiques des rapports de vols, notre petit porteur a évacué 36 personnes dont 23 blessés de guerre victimes des exactions de la LRA. L’avion a volé plus de 500 h pour transporter les vaccins, les médicaments, du matériel pour les populations sinistrées (NFI) et les personnes ressources des ONG en particulier les spécialistes en santé. Alors que les années passées, le nombre des heures de vol restait autour de 500 h, en 2009, le petit porteur a effectué 812 h de vol. L’avion Cessna 206 de ASF/DUNGU a été le seul avion capable d’aller sur toutes les petites pistes de la région sinistrée. Basé à Dungu, au centre même de la région touchée par les exactions de la LRA, ASF/DUNGU a été le seul service aérien à intervenir efficacement et rapidement pour porter secours aux sinistrés. Malgré les urgences, ASF/DUNGU a aussi volé pour les projets durables dans les secteurs du développement, de l’enseignement et de la pastorale. Ces secteurs ont consommé 228 heures de vol en 2009.

Les exactions

En 2009, la situation de guerre s’est étendue dans le Bas-Uélé et dans le Haut-Uélé dans leur ensemble touchant les territoires de Dungu, Faradje, Watsa, Niangara, Ango et Poko. Après les attaques lancées par la coalition des armées ougandaise et congolaise contre les rebelles ougandais de l’Armée de Résistance du Seigneur(LRA) installés dans le parc de la Garamba depuis 2005, la LRA a procédé systématiquement à des attaques et exactions contre les populations civiles de ces territoires à partir de septembre 2008. Selon les statistiques publiées par les organismes de l’ONU, de janvier à novembre 2009, la LRA a lancé 317 attaques dans les districts du Haut et du Bas-Uélé. Suite à ces attaques, 762 personnes tuées ont été officiellement enregistrées. A ce nombre, il faut ajouter les victimes des massacres du marché de Mabanga ya Talo à 45 km de Niangara perpétrés en décembre dont le nombre s’élève à 317 tués. Probablement beaucoup d’autres personnes dont les corps pourrissent en brousse devraient s’ajouter à ce nombre. Durant la même période, 1212 adultes et 168 enfants ont été enlevés. Les attaques de la LRA ont provoqué des vastes mouvements de population. En novembre 2009, dans le District du Haut-Uélé, le nombre de déplacés s’élevait à 214 752 personnes dont 112 207 dans le Territoire de Dungu et 64 550 dans le Territoire de Faradje. Dans le District du Bas-Uélé, le nombre de déplacés était de 50 857 dont 26 580 dans le territoire de Ango et 11 430 dans le territoire de Poko. Des villages entiers ont été incendiés. La situation économique précaire de la population s’est aggravée. Les produits des champs ont été incinérés ou ravagés avec épuisement des stocks de denrées alimentaires et des réserves de semences. Les nouveaux champs n’ont pas été travaillés, les paysans ne pouvant pas y aller de peur de se faire capturer par la LRA. D’autres problèmes ont surgi comme la pollution des sources naturelles d’eau potable des villages sinistrés suite à la putréfaction des cadavres mal enterrés ou exposés au soleil. L’insuffisance de l’eau potable dans les sites de déplacés à cause d’une grande concentration de la population au même endroit, le pillage, et l’extermination des bêtes et volailles domestiques dans les villages sinistrés sont autant d’autres problèmes importants. La population reste menacée par les épidémies. Le dépouillement des familles de leurs biens essentiels, le traumatisme moral et physique par des viols et la perte de membres de familles, le disfonctionnement dans les écoles et dans les formations médicales constituent de problèmes importants. La réduction du nombre d’enfants dans les écoles suite à l’insécurité et les enlèvements par la LRA pour renforcer leurs effectifs de défense(pour les garçons) et l’esclavage sexuel pour les filles, la destruction des matériels et manuels scolaires et d’alphabétisation, la destruction des habitations et d’ infrastructures sociales, l’étouffement des routes de desserte agricole par la brousse et la coupure de certaines routes à cause de l’insécurité, de même que le pillage d’outils de communication constituent des obstacles supplémentaires à une reprise de la normalité.

Les efforts pour faire face à la situation

Plusieurs délégations, missions gouvernementales, épiscopales et humanitaires se sont succédé dans la région et toutes ont souligné la précarité des conditions de vie des populations locales des zones touchées par les événements. Les besoins sont énormes et à mesure des dégâts. Les groupes rebelles qui ont éclaté en plusieurs groupuscules rendent la tâche difficile à la fois aux opérations militaires et à la population. Les périodes culturales sont passées et les récoltes de cette année n’ont pas eu lieu dans 80% des zones qui constituent les greniers de la région. Le risque d’une famine menace la région et nombreux programmes de développement sont à reprendre. L’état congolais à qui incombe en premier la responsabilité de remédier à la situation n’a pas tous les moyens nécessaires d’agir et doit compter sur la solidarité internationale et nationale. De gros efforts doivent être fournis pour le rétablissement de la sécurité, le retour des populations dans leur milieu d’accueil et la réinsertion d’autres dans les milieux d’accueil. Plusieurs organismes humanitaires (ONG) se sont implantés dans la région pour venir en aide à la population déplacée. À Dungu, nous pouvons signaler la présence des organismes suivants : Médecins Sans Frontières (MSF), Caritas, Mercy corps, Solidarité, Cesvi, Coppy, Comité international de la Croix-Rouge/Genève, Médair, Oxfam-Québec et Oxfam-Grande Bretagne, auxquels il faut ajouter les organismes de l’ONU dont le Programme alimentaire mondial (PAM), l’ UNICEF et le Haut Commissariat pour les réfugiés (HCR). Si les grands centres sont plus ou moins sécurisés, le problème majeur pour l’intervention des ONG réside au niveau de l’acheminement de matériel, car plusieurs tronçons de routes qui les relient sont coupés à cause de l’insécurité. Presque tout le matériel est acheminé par la voie aérienne. PAM loue un avion C130 pour larguer la nourriture dans les sites de déplacés. Le déplacement du personnel des ONG se fait exclusivement par avion.

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