Deux physiothérapeutes en terre sénégalaise

Le sentiment du devoir accompli

Publié le 18 décembre 2019

Catégories: Blogue, Physiothérapie Sans Frontières - Sénégal

Par Anik Bélanger, physiothérapeute

Une deuxième semaine chargée d’activités en terre sénégalaise. Nous réalisons de plus en plus les différences culturelles entre nos deux pays.

En début de semaine, nous prenons la route pour Kongheul, le 2e poste de santé que nous desservirons. Nous sommes accueillies par des sœurs très dynamiques et un médecin italien qui séjourne avec nous pendant la semaine. Le matin, nous devons faire 16 km dans la brousse pour arriver au poste de santé de Kombidia où la sage-femme loge 7 jours/7 pour assister les accouchements. Les salles d’accouchement me frappent toujours autant, un lit simple avec des étriers, une salle de bain et une table chauffante pour le nouveau-né. Pas de monitoring, de soluté, d’échographie et pas d’ambulance à disposition en cas d’urgence. Nous apprenons qu’il n’est pas rare de compter le nombre de grossesses menées à terme versus le nombre d’enfants vivants…

Les enfants nous regardent à travers la clôture pendant notre journée de travail et à leur retour de l’école vers 16h nous sortons jouer avec eux. Je suis sur le terrain de foot avec les garçons et Myriam est sur la piste de danse avec les filles. Quelle belle façon de terminer nos journées de travail. Nous décidons de leur acheter un ballon de soccer la 3e journée et des garçons de tout âge se joignent à nous pour la partie. À peine 30 minutes plus tard dans le sable, la roche et les déchets, le ballon est percé. Nous partons à la recherche d’un homme dans sa case qui répare fièrement notre précieux à l’aide de colle, de sable et de plastique. Les enfants n’y voient que du feu.

Ayant peu de patientes l’après-midi, nous en profitons pour travailler avec la sage-femme pour faire de l’enseignement et de la pratique. Elle est curieuse et pose beaucoup de questions. Nous nous déplaçons également du côté des consultations générales où nous pouvons intervenir sur quelques cas musculo-squelettiques conjointement avec le médecin. La population sénégalaise est très jeune. Les enfants sont atteints principalement de dermatose, de malnutrition et d’infections variées.

Nous sommes frappées de voir le niveau d’autonomie et de solidarité des enfants du Sénégal. Ayant des familles volumineuses, les frères et sœurs sont appelées à réaliser diverses tâches telles que puiser l’eau, s’occuper des enfants cadets, porter des objets au village, assister à la messe seuls et j’en passe. Le respect des aînés est évident ici. Personne ne parle, pleure ou ne crie à la messe. Une jeune fille de 7 ans traîne son frère d’un an dans son dos. Différentes réalités.

Nous terminons la semaine à Kaolack où nous donnons la formation sur les lombalgies et la rééducation périnéale chez les femmes. Pendant la fin de semaine, nous enseignons à 18 infirmiers/infirmières et sages-femmes comment évaluer la force et les tensions du plancher pelvien et son influence sur l’incontinence, la grossesse et les lombalgies. Nous tentons également de démystifier quelques pathologies lombaires fréquemment rencontrées et leurs principaux traitements. Pendant la 3e journée, nous sommes fières de constater que les participants ont retenu l’essentiel lors des mises en situation. Tout le monde quitte le sourire aux lèvres avec le sentiment du devoir accompli, nous incluant, deux jeunes physiothérapeutes se découvrant tranquillement une passion pour l’enseignement.

Pour notre dernière semaine, je nous souhaite d’être aussi proche des gens, des réflexions avec le personnel soignant, des apprentissages communs et l’impression de quitter un monde unique, mais ô combien accueillant.

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