Le quotidien aux commandes d’Avions Sans Frontières

Publié le 6 février 2009

Catégories: 2009, Avions Sans Frontières

• Par Maxime Laliberté L’aventure a commencé il y a quelques années, lorsque j’ai découvert l’existence d’ASF. Un Cessna 206 utilisé pour l’humanitaire en RDC, c’est tout ce dont j’avais toujours rêvé! Après avoir rassemblé l’expérience requise et obtenu le poste de pilote, je suis arrivé à notre base de Dungu en décembre 2007 où j’ai été chaleureusement accueilli par mon prédécesseur Stéphan Bihan, sa conjointe Julie Roussel, et l’équipe d’ASF sous la gouverne du directeur Ndombe Vincent. J’ai été immédiatement charmé par le village de Dungu et par mes nouveaux collègues. Mes deux premières semaines en RDC ont été remplies de découvertes : des pistes comme je n’en avais jamais vues, les procédures aéronautiques locales, le climat tropical en plein mois de décembre, la culture congolaise si différente de la nôtre… Un agréable dépaysement! Des pistes pour tous les goûts ASF dessert une dizaine de pistes de façon régulière, et plusieurs autres de façon plus ponctuelle. Parmi ces pistes, on trouve de tout : de belles grosses pistes asphaltées entretenues par l’ONU, de petites pistes courtes et étroites entretenues irrégulièrement, et des pistes qui sont en réalité des routes dont on a débroussaillé les abords. Il faut noter l’état d’une piste à chaque visite et discuter avec les autres pilotes de la région pour se tenir à jour. Cela est surtout important en saison des pluies, car l’herbe pousse à une vitesse phénoménale et sa hauteur devient très difficile à évaluer. On doit également se méfier des nids de termites car ces insectes sont capables de vous construire un dôme d’un pied de hauteur en deux jours. Dures comme le roc et difficiles à déceler sur une piste, les termitières ont causé la perte de plusieurs avions dans la région, car elles prennent les pilotes par surprise. Météo imprévisible Je suis arrivé à Dungu à la mi-décembre, en pleine saison sèche. Cette saison a ceci de remarquable que le ciel se couvre d’une brume sèche venue du Sahara qui se mêle à la fumée des feux de brousse, faisant souvent tomber la visibilité sous les trois milles. Heureusement, le terrain que nous survolons est généralement plat, mais la navigation se trouve compliquée par cette brume, surtout au-dessus de la savane uniforme. A mes premiers vols, alors que je ne connaissais pas encore la région et que j’avais oublié depuis longtemps mes notions de navigation au compas et à la montre, je dépendais entièrement du GPS. Mais à force de bien scruter le sol, on finit par trouver des repères, de subtiles différences qui suffisent à se retrouver. Puis vint le mois de mars, et avec lui, la pluie qui a rapidement balayé la brume sèche. La visibilité s’est immédiatement décuplée, et j’ai découvert, même sur mes vols les plus routiniers, des paysages magnifiques que je n’avais jamais vus. La saison des pluies amène aussi son lot d’orages, presque quotidiens, qui peuvent se former très rapidement. Ces orages sont pleins de surprises, et peuvent apparaître sur votre route n’importe quand. Alors on contourne les cellules ou on se pose pour laisser passer l’orage. L’entretien Nous avons la chance d’avoir sur place un technicien très compétent en la personne de Masta Vako. Il assure l’entretien de l’avion dans notre hangar de Dungu. Les inspections (50, 100 et 200 heures) se font à Dungu, de même que la réparation de la plupart des défectuosités. Une fois l’an, l’avion subit une inspection plus approfondie à Nairobi, au Kenya, où rien n’est laissé au hasard. J’ai eu plusieurs occasions de travailler sur l’avion avec Masta, qui doit parfois faire des miracles avec des moyens restreints. Les défis L’approvisionnement en AVGAS est l’une de nos grandes préoccupations, car le prix de l’essence augmente sans cesse, de même que les délais de convoyage par camion. Deux mois peuvent s’écouler entre une commande passée en Ouganda et l’arrivée de l’essence à Dungu, tant les démarches sont compliquées et les routes mauvaises. L’autre défi concerne la relève des pilotes. Les emplois ne manquent pas au Canada ces temps-ci. Nous croyons d’ailleurs que le développement du pays appartient à ses habitants, et nous avons commencé à former un jeune homme de Dungu afin qu’il occupe définitivement le poste de pilote. Mais d’ici à ce qu’il soit prêt, nous aurons besoin d’autres pilotes. Au retour d’une évacuation médicale, ou après avoir déposé du personnel de Médecins Sans Frontières à un endroit qu’ils n’auraient pu atteindre sans l’avion, on sent qu’on a fait quelque chose de réellement utile. Le pilotage est également très intéressant, et pose plusieurs défis de taille – du moins pour un jeune pilote comme moi.

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