E Salami Malamu !

Publié le 20 novembre 2019

Catégories: Blogue, Terre Sans Frontières République du Congo

Par Claudia Paquette, infirmière et Valérie Tessier, médecin de famille

Samedi matin, début des formations !

On commence donc l’objectif de tout ce voyagement :  aider au renforcement des compétences des équipes locales.

Comme mentionné précédemment, Terre Sans Frontières (TSF) est impliqué dans la préfecture de la Likouala, au niveau de la prise en charge de la santé des réfugiés et des populations locales. Ils engagent des équipes locales (médecins, infirmières, sages-femmes, statisticiens, logisticiens, chauffeurs) pour assurer un accès à tous à l’éducation et à la santé.[1] Les employés peuvent être des habitants de la Likouala, des réfugiés ou des Congolais de la ville qui ont accepté de venir travailler à Bétou, à 1300 km de la capitale.

Donc, notre mandat est de renforcer les compétences des travailleurs locaux, autant en santé maternelle qu’en physiothérapie périnéale.

Les deux premiers jours ont été consacrés à la formation sur la physiothérapie périnéale. Une introduction théorique puis quelques exercices pratiques ont été démontrés.

Les participants ont bien apprécié, surtout lors de l’apprentissage de la bonne technique de défécation ! Faudra demander à Suzanne de vous démontrer. #squattypotty. Ils se reconnaissent dans les exemples donnés et prennent les conseils concrets qu’on leur donne. En plus, c’est rare qu’ils aient des formations sur des solutions non médicamenteuses, donc ils sortent heureux de pouvoir aider les patients avec leurs outils les plus précieux, soit leur tête et leurs mains.

De notre côté, la santé maternelle est un grand défi. Selon les plus récentes statistiques, de janvier à septembre 2019, il y a eu 2127 accouchements au Centre de Santé Intégré de Bétou. Seulement 49% de ces femmes étaient venues à au moins 1 visite prénatale. (donc 51% sans suivi !). Dans la région, la mortalité maternelle est de 696 pour 100 000 naissances.[2] En comparaison, la mortalité maternelle au Canada en 2015 était de 7 pour 100 000 naissances.[3]. Près de 100 fois plus de mortalité maternelle ! Donc, le plan est de donner de la formation, mais surtout de mieux comprendre leurs défis pour trouver des solutions avec eux.

Première journée, axée sur le principal tueur de la mère : L’HÉMORRAGIE. On aborde les saignements au cours de la grossesse, l’hémorragie post-partum et nos techniques de réparation de plaie. On se rend compte que les gens ont beaucoup d’expertise, mais que la théorie de base n’est pas toujours bien comprise. Ce n’est pas grave, on est là pour ça. Les participants apprécient comprendre pourquoi ils posent certains gestes et donnent certains traitements. Ils nous disent qu’ils seront plus à l’aise dans le futur pour expliquer les raisons derrière certains examens et traitements aux patients. Aussi, lors des discussions, on se rend compte que l’éloignement rend difficile l’accès à du matériel et aux soins de santé. Les ruptures de médicaments sont fréquentes. Bien qu’ils veuillent aider les patients, ils sont souvent limités par la disponibilité du matériel médical.

Puis, en fin de journée, on parle aussi des fistules obstétricales, un grand fléau en Afrique, et de la pré-éclampsie, un autre grand tueur maternel.

Deuxième journée, on se concentre sur la dystocie du travail, sur la prise en charge du nouveau-né et de l’allaitement. On ajoute aussi un rappel sur le paludisme et la grossesse. En parlant avec eux, on apprend que c’est un vrai fléau, donc on décide d’ajouter des notions sur ce sujet. Les médecins locaux viennent compléter et on assiste à des belles discussions dans la salle. La joie d’avoir une équipe multidisciplinaire quoi ! 😉

Tout au long des formations, on sent l’intérêt des participants. Ils sont motivés et ont soif de connaissances. Lors des présentations, ils nous présentent des cas vécus et on voit qu’ils font des liens avec la théorie. Mission accomplie !

On remet à chacun un certificat attestant de leur présence et de leur EXCELLENTE participation dans les derniers jours. Beaucoup d’amour à la fin de cette formation, beaucoup d’émotions, qui ont évidemment fait verser quelques larmes de joie à Valérie, la grande sensible.

Ce soir, on se repose un peu, puis dès demain, on fait la garde de nuit avec Blody, la sage-femme et Anasthasie l’infirmière. Souhaitez-nous des accouchements, on veut voir si elles ont retenu ce qu’on leur a appris ! Bonne nuit !

P.S. On a eu une nuit plus courte de samedi à dimanche… une césarienne au bloc. Les médecins et la patiente nous ont laissé observer la procédure. Qui sait, la prochaine fois on assistera peut-être le chirurgien.  Encore une fois, un petit choc, les césariennes se font sous sédation, avec de la kétamine. Résultat, une belle petite fille en pleine forme, APGAR de 9-10-10. Ça s’est très bien passé : e salami malamu. Comme on dit ici, elles sont fortes les femmes africaines.

P.S. 2 : Oui, on apprend quelques mots de lingala, la langue locale du nord du Congo. Pas mal plus difficile que l’espagnol !

[1] Terre sans frontières, https://terresansfrontieres.ca/notre-organisme/mission/

[2] Article de Mabiala-Maye, G. Reproductive Health of women in a rural healt care centre in the congo, 2019

[3] Index-mundi, https://www.indexmundi.com/map/?v=2223&l=fr