PANDÉMIE DE COVID-19

Témoignages du Mali

Publié le 14 avril 2020

Catégories: COVID-19

Dr Mohamed Coulibaly
Médecin
Programme d’amélioration de la santé sexuelle, reproductive, droits et Nutrition avec une attention particulière envers les jeunes filles
Sahel 21 filiale de Terre Sans Frontières au Mali

Notre pays n’a pas les moyens de faire face à la maladie. Mais si nous assumons notre responsabilité individuelle, nous pouvons atténuer considérablement la pandémie. La mosquée n’est pas fermée ? J’assume ma responsabilité de ne pas y aller et de prier à la maison. Je suis en ville ? Je porte mon masque, garde la distance nécessaire entre les autres et moi et lave régulièrement mes mains. J’évite tout acte qui peut m’exposer ou exposer l’autre à la transmission du virus. C’est ainsi, par cette responsabilisation individuelle, que je réduis considérablement le risque d’attraper le virus et de l’amener dans ma famille, dans mon lieu de travail, dans mon quartier, dans mon cercle d’amis.

Ici, les gens s’attaquent beaucoup aux autorités. Celles-ci étaient déjà exténuées et fragilisées face aux crises multiformes en cours depuis presque huit ans (guerre, crise institutionnelle latente, crise de confiance généralisée entre les usagers des services publics et les autorités institutionnelles, risque d’ethnicisation de la crise au centre du pays, émergence de certaines formes d’islam) et n’arrivent pas à créer une dynamique nationale contre la COVID-19. Donc chacun développe sa théorie pour se rassurer : « La chaleur va nous protéger », « Nous sommes une population jeune », « Nous sommes déjà de grands consommateurs de chloroquine, le coronavirus ne pourrait pas résister dans nos corps », « La COVID-19 est une grippe comme les autres, ça va passer », « Si ton destin est que tu dois mourir de la COVID-19, tu mourras de la COVID-19, tu ne peux rien contre la volonté de Dieu », etc…
Dans l’impuissance, les gens se répètent ces théories comme des prières pour nourrir leur résilience face à la pandémie. Mais pour résumer, à l’heure qu’il est, le sentiment général, c’est l’incompréhension.

Au départ, la population ne se sentait pas directement concernée. La population malienne a été informée dans un premier temps par les médias occidentaux, relayés par quelques médias nationaux. Mais par sa diaspora, via les réseaux sociaux, elle vivait quasiment en direct les mesures restrictives des pays sous crise sanitaire. Et avec beaucoup de questions : « Pourquoi pour une petite grippe, les plus grands pays du monde sont en panique ? », « Est-ce que ce n’est pas le châtiment de Dieu ? », « Est-ce que ce n’est pas une nouvelle guerre entre puissances du monde ? », « Est-ce que ce n’est pas un nouveau test de vaccin auquel on nous prépare pour venir recoloniser l’Afrique ? ». Des questions dont les réponses aboutissent généralement aux théories du complot ou au châtiment de Dieu.

Après la déclaration officielle des premiers cas au Mali par les autorités, une grande partie de la population malienne s’est réfugiée dans une forme de déni ou s’est accrochée à des chimères. Jusqu’à maintenant, malheureusement, elle a fait le choix de gérer la COVID19 comme une maladie normale. D’ailleurs, est-ce qu’elle a le choix ? Elle est dans un mode de survie quotidienne. Elle sort tous les jours pour gagner son « nansongon » (prix du condiment, prix du repas) quotidien.

Heureusement, à travers notre projet d’amélioration de la Santé Sexuelle, Reproductive, droits et Nutrition avec une attention particulière envers les jeunes filles, je constate des changements positifs dans les communautés de Kolokani (région de Koulikoro) que nous accompagnons, dont la diminution de la mortalité maternelle et néonatale ou la diminution du taux de malnutrition chez les enfants grâce à nos recettes à base d’aliments locaux.
Certaines populations ne sont cependant pas couvertes par le projet et par manque de moyens n’ont pas accès à un centre de santé. Les problèmes de santé demeurent donc un fléau majeur dans ces zones.

Abdoulaye Touré
Directeur des affaires humanitaires
Avec la collaboration de son équipe
Programme d’appui à des personnes rapatriés/retournées/réfugiées et d’autonomisation des jeunes.
Sahel 21 filière de TSF au Mali

Dès le début de la pandémie, nous avons distribué et expliqué le plan de contingence de TSF à tous nos agents qui interviennent dans les régions de Gao, Ménaka et Kidal. L’équipe s’est assurée de relayer dans les communautés les messages d’information, éducation, et communication (IEC) concernant les modalités de transmission et les mesures de prévention de la COVID-19.

Au-delà des barrières de protection recommandées, nous avons remarqué dans les régions du nord une augmentation du port du turban traditionnel chez les hommes et du voile chez les femmes. Pour ces populations le turban traditionnel et le voile jouent le même rôle que le masque.

L’état malien n’a pas mis en place de mesures de confinement mais nous devons suivre le couvre-feu qui va de 21h à 5h. Nous réalisons nos activités en respectant les mesures de distanciation et d’hygiène, incluant le port du masque mais les circonstances exceptionnelles amènent une surcharge de travail pour le personnel dont la présence est nécessaire.

Les populations doivent faire preuve de résilience pour assurer leur subsistance. Il y a un sentiment de peur, de désespoir et d’incertitude face au lendemain. Pour les gens d’ici, cette crise sanitaire est une crise qui s’ajoute à celle de l’insécurité qui sévit déjà depuis 2012 dans la région.

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