PANDÉMIE DE COVID-19

Témoignages de la République du Congo

Publié le 7 avril 2020

Catégories: COVID-19

Dr Modibo Togora
Coordonnateur médical TSF
Programme d’assistance aux réfugiés à Brazzaville
République du Congo


Il y a ici un faux sentiment de sécurité par rapport à la COVID-19 puisque l’Afrique semble pour le moment peu touchée. On croit parfois que le virus ne résiste pas au soleil.

En même temps, la pauvreté oblige les gens à vivre au jour le jour, dans l’informel. Il leur est difficile de respecter les mesures de confinement puisqu’ils doivent trouver leur pitance quotidienne. Alors que les transports en commun sont à l’arrêt, certaines personnes doivent marcher des dizaines de kilomètres jusqu’au marché pour nourrir leur famille.

Personnellement, le confinement en famille se déroule bien. Nous le suivons scrupuleusement mais je dois régulièrement me rendre sur le terrain dans la région des Plateaux pour répondre à des urgences et appuyer l’équipe du Centre de santé intégré (CSI). C’est un travail qui nécessite de l’engagement mais qui me permet de m’épanouir et d’être utile à autrui.

Il n’y aucun découragement, plutôt de l’espoir que grâce au plaidoyer dans lequel nous nous engageons nous pourrons disposer de ressources supplémentaires pour former tout le personnel et doter les centres de santé en équipements et intrants nécessaires pour prévenir et combattre la COVID-19.

Mais les défis sont nombreux. Il faut renforcer et protéger le personnel médical. J’ai assisté à deux fausses alertes, à Impfondo et Brazzaville, qui m’ont fait réaliser l’importance de bien préparer le personnel pour éviter les situations de panique. Le personnel médical est inquiet et stressé à cause de la faiblesse des systèmes de santé en Afrique, au Congo en particulier.

Nos sources d’approvisionnement traditionnelles sont en rupture de stock et les prix ont beaucoup augmenté. Nous essayons de nous tourner vers d’autres sources locales.

Pour le moment, nous n’avons pas la capacité de faire les diagnostics biologiques ou de prendre en charge des patients. Les cas suspects sont orientés vers les centres de prise en charge désignés par l’état.

Des lieux d’isolement ont été identifiés mais il doivent être renforcés en équipement, en source d’eau et en électricité. Tout le dispositif de réponse face à des cas de COVID-19 doit donc être davantage développé.

Il faut aussi intensifier la communication pour que les gestes barrière soit mieux respectés par la population qui tarde à reconnaître la gravité de la situation.

Dre Grâce Mabiala
Médecin clinicien TSF
Programme d’assistance aux réfugiés à Bétou
République du Congo

À titre de professionnelle de la santé dont la fonction est jugée essentielle, je ne suis pas confinée. Cela m’amène à réaliser que plusieurs vies dépendront sans doute de mon dévouement et de mon travail bien fait, ce qui me procure beaucoup de fierté.
Mais le personnel est inquiet. Ici à Bétou, nous avons les connaissances pour soigner les patients mais pas les moyens pour y faire face. Nous avons le bon diagnostic, mais rien pour traiter. Si un patient fait un AVC, il n’y a pas d’équipement de réanimation adéquat pour le garder en vie longtemps et il ne pourra pas supporter une évacuation médicale de 1200 kilomètres. Alors on assiste lentement à son décès, désarmés.
C’est malheureusement ce qui se produira à grande échelle si la COVID-19 se répand ici. Nous serons dépassés par le manque de personnel et de moyens, déjà insuffisants en temps normal.

Nous manquons d’équipements pour la protection individuelle des patients et du personnel. Nous manquons de médicaments. Il n’y pas de tests pour le diagnostic du COVID-19. Il n’y a pas assez d’endroits pour l’isolement et la mise en quarantaine.
La population a tendance à minimiser la pandémie étant donné le faible nombre de cas pour l’ensemble du pays et aucun confirmé pour Bétou. Nous sommes donc dans une attitude de prévention avec de la sensibilisation accrue et l’application des principales mesures de barrière et de confinement.

Notre principal défi demeure culturel. Ici, les gens vivent dans la promiscuité. Lorsqu’une personne est hospitalisée, sa famille va inévitablement la visiter, notamment pour la nourrir. En cas de décès, les proches vont rendre visite aux parents endeuillés et même laver le corps malgré les risques encourus.

De plus, pratiquement toute la population de Bétou vit d’activités informelles et se nourrit au jour le jour ce qui nuit inévitablement aux mesures de confinement.

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