PANDÉMIE DE COVID-19

Témoignages de la République démocratique du Congo

Publié le 9 avril 2020

Catégories: COVID-19

Danièle Bordeleau
Directrice pays
République démocratique du Congo

Une des premières décisions que nous avons prises ici à Bunia a été de cesser les activités de formation au Centre d’Apprentissage et d’Accompagnement Professionnel (CAAP) afin de respecter les consignes. Mais avant la fermeture, nous avons sensibilisé à la COVID-19 nos participant(e)s, les gardiens et notre personnel. Nous avons utilisé un film fait à Bukavu pour tenir des séances par petits groupes afin de respecter la distanciation. À l’entrée de notre site nous avons installé un dispositif de lavage de main.

Nous avons rapidement commandé du matériel de protection (masques, gants et gel hydroalcoolique) de Goma que nous avons vite reçu par l’entreprise d’un collaborateur. À travers notre projet de promotion à la cohabitation pacifique auprès des réfugié(e)s Sud-Soudanais, nous avons aussi déployé six bannières dans des places publiques portant le message suivant : «Corona virus est notre unique ennemi commun. Tous ensemble faisons-lui résistance en respectant les mesures de protection et cultivons la paix entre nous. Réglons pacifiquement nos conflits »

Le transport des voyageurs entre provinces est arrêté mais le marché central est resté ouvert. Cependant, il est certain que nous avons une augmentation des prix.

Comme la COVID-19 n’arrête pas les conflits en Ituri, on estime présentement le nombre de personnes déplacées à plusieurs milliers. Si la pandémie continue de gagner du terrain, il y aura inévitablement des problèmes d’approvisionnement, d’autant plus que l’insécurité engendrée par les conflits est très palpable pour les camionneurs qui transportent de la marchandise.

Pour le travail, j’alterne entre la maison et le bureau où c’est très calme puisque la majorité des gens sont chez-eux. Mais venir au bureau brise un peu l’isolement. Il n’y a pas de découragement mais tout le monde a hâte au retour à la vie normale.

Norbert Ruhigwa
Projet d’Assistance et Protection aux réfugiés centrafricains
République démocratique du Congo, Bas Uélé

Le principal danger qui guette la population d’ici est qu’elle ne comprend pas vraiment la gravité de la pandémie. La crise est prise avec légèreté. Il y a de la méfiance : la communauté ne croit pas encore à la réalité de la COVID-19, d’où la nécessité de renforcer la sensibilisation.

Il faut une grande campagne de sensibilisation pour faire comprendre l’importance des mesures préventives de protection. En même temps, il est évident que la population n’a pas les moyens financiers pour acheter les kits de lavage des mains et les désinfectants.

Pour le moment, il n’y a pas encore de confinement ici en province mais tout rassemblement de plus de 20 personnes est interdit. Nous travaillons donc en nous assurant de restructurer les effectifs pour nous assurer d’avoir moins de 20 personnes lors de rencontres.

Lydie Binja
Formatrice en activités génératrices de revenus (AGR)
Centre d’Apprentissage Accompagnement Professionnel (CAAP) TSF
République Démocratique du Congo, Bunia

Toutes les mesures d’hygiène ont été mises en place à Bunia pour freiner la COVID-19, incluant des stations de lavage de main, la distanciation sociale à 1 mètre et l’interdiction de rassemblement de plus de 20 personnes.

Le principal défi est la faim. Les gens sont trop pauvres pour s’en remettre au confinement total. Ils n’ont pas les moyens de constituer des stocks de nourriture alors ils n’ont pas le choix de sortir.

Comme il n’y a pratiquement pas de service de distribution d’eau, il faut toujours aller à un puit ou une source pour s’approvisionner où on rencontre inévitablement beaucoup de monde.

Pour ma part j’ai une réserve alimentaire et j’ai fait un petit jardin pour alimenter la famille en légumes mais à cause des coupures d’électricité, il faut aller une fois par semaine au marché puisqu’il est impossible de conserver les aliments périssables.

Pour le moment, il n’y a pas signe d’une propagation de la maladie mais la crainte est là, bien que beaucoup de personnes restent davantage préoccupées par l’insécurité et les violences qui affectent le territoire de Djugu.

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