PANDÉMIE DE COVID-19

Témoignages d’Haïti

Publié le 21 avril 2020

Catégories: COVID-19, Nouvelles

Merisma Lourdy
Coordonnatrice
Programme d’assistance social
Croix-des-Bouquets,Haïti

Nous profitons du passage des personnes utilisant nos services essentiels de recharge de téléphones et d’eau potable pour les sensibiliser à l’importance de se protéger afin de protéger les autres contre la COVID-19. Tous nos services sont gratuits afin d’aider les riverains à surmonter ce moment difficile.
Nous avons remarqué un bel esprit communautaire chez les riverains, qui nous écoutent et respectent les consignes partagées. Ils ont aussi fait leur part en nous aidant à coller des affichettes tout en nous guidant dans les ruelles des zones avoisinantes, pour rejoindre le plus de gens possible.

Mais nous devons mettre tout notre équipement pour les rencontrer alors qu’ils sont déjà dans un état psychologique très fragile. Ils ne voient que nous, masqués, comme des guerriers. Pour certains c’est humiliant.

Le caractère imprévisible de la pandémie est difficile pour la population, encore plus dans un contexte où le secteur de la santé est confronté à un manque de matériel médical et de personnel soignant. Une partie de la population a peur, une autre ne croit pas en la COVID-19 et vit comme bon lui semble, mettant en péril les gens qui veulent suivre à la lettre les consignes.

Des personnes croient que la COVID-19 est une maladie inventée par nos dirigeants, certaines disent qu’ils sont protégés par la couleur de leur peau et d’autres pensent que l’alcool (clairin) est le médicament clé.

Le plus triste, c’est que des familles ne savent pas faire face à cette crise. Elles savent très bien que la situation est très grave puisqu’il n’y a pas d’hôpital adéquat pour répondre à leurs différents besoins. Plusieurs ne veulent même pas en parler en disant que ce sont eux qui vont en souffrir. Pour les citer : « Se yon kesyon d moun pa, otorite yo pap janm panse ak yo, menm suivi yon fiev yo paka jwenn. »

Je me suis résignée à vivre cette crise. Mais le plus dur est le retour à la maison. Les enfants avaient l’habitude de venir me rencontrer dès mon arrivé. Maintenant je dois leur demander de rester loin de moi. Ce n’est qu’après avoir enlevée tout mon attirail et pris une douche que je peux les embrasser. Et même ce moment est plein d’angoisse.

Mais pour toute l’équipe, pas question de se décourager. Nous devons tous être responsable. C’est un geste citoyen. Nous restons unis face à cette guerre sanitaire, une guerre dans laquelle nous sommes engagés jusqu’au bout, avec le soutien de la population.

Sanon Wilson
Formateur TSF en agroécologie
Centre de formation et d’accompagnement des jeunes et des paysannes
Vialet, Haïti

Pour éviter le vas et viens et le regroupement de personnes au centre de Vialet, il a fallu cesser les stages pratiques en agroécologie avec les promoteurs et promotrices stagiaires. Mais comme nous avions produit des milliers de plantules (poivrons, tomates, papaye, grenadine, piments forts) et défini un modèle de plantation, nous nous sommes tournés vers les jardiniers vivant tout près du centre.

Plusieurs initiatives ont été organisées au sein de notre communauté pour lutter contre la COVID-19, notamment des interventions sur les ondes de notre radio communautaire et la distribution d’affiches. Nous avons aussi mis sur pied un Comité de Solidarité contre Corona Virus qui visite et informe les milieux les plus vulnérables afin de prévenir la violence et les agressions pouvant cibler les personnes qu’on suspecte d’être infectées par la COVID-19.

C’est un défi pour la population de répondre aux exigences économiques, alimentaires et culturelles qu’imposent les mesures préventives et sanitaires. Les personnes les plus pauvres doivent trouver leur nourriture au jour le jour, dans un contexte très informel. Beaucoup de gens ne prennent pas la COVID-19 au sérieux et ne font pas confiance aux autorités sanitaires. C’est là que nos interventions de sensibilisation deviennent si importantes.

Pour ma part, je profite aussi de ces moments d’incertitude pour semer et planter mes jardins avec des amis, tout en respectant la distanciation. J’applique mes meilleures techniques agroécologiques, pour essayer du même coup de freiner la crise d’insécurité alimentaire qui est en train de s’aggraver.

Sr Micheline Essenor, Fmri
Directrice
Maison de l’Avenir Jacqueline Lessard
Croix-des-Bouquets, Haïti

Le confinement exige un nouveau mode de vie et par conséquent une adaptation à la réalité du moment. En ce qui nous concerne, je reste à l’écoute, dans le calme et également dans la prière, tout en appliquant les consignes des autorités et en faisant en sorte que ce soit pareil pour les enfants et nos employés. Nous faisons tout pour protéger les enfants avec le milieu extérieur.
Plusieurs personnes font des trucs originaux pour sensibiliser les gens. Des familles composent des musiques sur des airs connus ou jouent des piécettes. D’autres font de la sensibilisation à travers des mégaphones presque tous les jours.

On se demande cependant quelles mesures peuvent être adoptées pour que le peuple puisse rester en confinement. Comment vont faire les gens pour vivre face à cette crise sanitaire, sans argent, sans eau potable. Dans nos maisons, nous vivons en colonie. Comment on va faire pour respecter la distance de 1.50m prévue par les autorités ?

La grande majorité des gens continue à vaquer à leurs activités, paisiblement et tranquillement. Il y a des rumeurs çà et là concernant des gens atteints par le virus. Mais on ne le voit pas concrètement même si en écoutant la radio on peut déduire que la pandémie progresse dans la région.

Pour certains, la COVID -19 est de l’ordre de l’invention humaine, pour diminuer le nombre de gens qui vivent sur la terre. Pour d’autre c’est la colère de Dieu. Il y a aussi les personnes qui croient que le virus existe ailleurs, mais pas chez nous. Et il y en a aussi beaucoup pour qui la COVID-19 sert des fins politiques.

Sophonie Mesidor
Comptable TSF
Maison de l’Avenir Jacqueline Lessard
Croix-des-Bouquets, Haïti

Évidemment c’est un peu compliqué puisque rien de tout cela n’était prévu. J’avais très peur au début vu la situation déjà précaire dans mon pays mais je tiens le coup. Je vais au bureau si on a besoin de mon aide sinon je reste surtout à la maison où il y a quelques difficultés par rapport à l’accès à l’électricité et l’internet.

De nombreuses personnes portent des masques en tissus confectionnés par des couturiers Haïtiens. Ce n’est pas encore approuvé par les instances concernées mais c’est assez original.
Personnellement je limite mes déplacements et je continue à sensibiliser les gens de ma communauté à respecter les consignes, surtout à travers les réseaux sociaux.

Il y a de la peur et de l’incertitude au sein de la population qui ne s’attendait pas à cette pandémie. Les gens ont surtout peur des conséquences néfastes sur les plans social, économique et sanitaire, autant pendant la crise qu’après. Ils se demandent surtout quand cela va cesser ? C’est comme une guerre avec un ennemi inconnu.
Il y a quelques moments de découragements puisque chaque jour la situation s’aggrave alors que le système sanitaire Haïtien est vraiment précaire. De plus, les consignes ne sont pas appliquées par la majorité de la population. Mais ce qui est certain, c’est que le coronavirus n’est pas éternel. On trouvera une solution demain ou après-demain.

Raude-Charmy Augustin
Comptable TSF
Œuvre Saint-François-d’Assise
Île-à-Vache, Haïti

Il ne faut pas laisser COVID-19 entrer dans nos rangs. Notre slogan c’est « Nou pap pran, nou pap bay ». Pour le moment il n’y a pas de cas à l’Île-à-Vache. On va sur le terrain pour sensibiliser les familles au danger que représente la COVID-19 et aux précautions qui sont à prendre. Nous avons fait du porte à porte pour sensibiliser les gens à rester chez eux. Nous avons aussi fait de l’affichage dans les rues.

Mais nous avons tous peur d’être infecté un jour, parce que la maladie est dangereuse. C’est un moment difficile. On est tous coincé à la maison. On fait du télétravail pour les suivis essentiels mais il y a une fatigue qui s’installe à être constamment concentré sur la crise. De plus, il est difficile de s’approvisionner si l’on ne trouve pas les conditions nécessaires pour circuler.

Frantzsise Adelson
Comptable TSF chargé des ressources humaines
Centre de formation et d’accompagnement des jeunes et des paysannes
Vialet, Haïti

Ici la sensibilisation demeure essentielle puisque la majorité de la population n’est pas assez informée des dégâts de cette pandémie, des principaux symptômes et des mesures à prendre pour se protéger. C’est notre principal défi en Haïti : empêcher la propagation du virus.
Mais en même temps qu’il y a un manque de compréhension sur la pandémie, la population n’a pas le choix de gagner les rues pour se nourrir.

Dans ma région, le transport en commun entre les villes est interdit mais je peux me déplacer en voiture pour aller au bureau, ce qui me permet de respecter la distanciation. Mais cela fait des journées stressantes. Tous les employés ne sont pas au bureau et certaines activités comme l’alphabétisation sont annulées.

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