PANDÉMIE DE COVID-19

Témoignages d’Équateur

Publié le 28 avril 2020

Catégories: COVID-19

Sandra Icaza Assan
Thérapeute du langage
Unidad Educativa Especializada Fiscomisional Nuestra Señora del Carmen
Projet QSF d’inclusion sociale
Équateur

Dans mon quartier, nous vivons dans le désarroi et sommes à la dérive, confrontés aux maladies propres à notre époque comme la dingue et la typhoïde, en attente du choc de savoir si nous sommes contagieux ou non à la COVID-19.

Les médecins qui offraient des soins dans des cabinets privés se sont enfermés et d’autres sont en quarantaine pour avoir été en contact avec des cas positifs. Le système de santé public ne suffit pas pour traiter les personnes ayant des symptômes de dingue et de typhoïde. À cela il faut ajouter le manque de médicament dans les pharmacies, la pénurie de produits comme la vitamine C ou le manque d’ingrédients nécessaire à la confection de médicaments.

Il est difficile de dire si la maladie progresse. Certains jours on voit bien qu’il y a moins de monde dans les pharmacies, dans les laboratoires et dans les portails des centres de santé. Mais est-ce parce que la santé des gens s’améliore ou est-ce parce qu’ils se sont fatigués de chercher et de réclamer leurs droits?

Il y a plusieurs moments de découragement. Quand on sent que le système de santé ne fait rien pour obtenir un diagnostic pour un membre de la famille rapprochée. Quand des gens meurent et que personne ne veut aller fermer la voûte par peur d’être contaminé. Quand des membres de ta famille semblent malades de la dingue ou de la typhoïde mais que les symptômes ne disparaissent pas malgré les médicaments. Quand quelqu’un nous apprend qu’une personne qu’on connaissait depuis tant d’années est morte alors qu’on ne soupçonnait même pas qu’elle était malade. Il y a tant de ces moments.

Mais je sais que tout cela passera bientôt, que nous apprendrons à être meilleurs et que nous nous retrouverons tous ensemble.

Karem Vera
Enseignante
Unidad Educativa Especializada Fiscomisional Nuestra Señora del Carmen
Projet QSF d’inclusion sociale
Équateur

Dans ma famille, nous voyons le confinement comme une occasion de passer plus de temps ensemble pour renforcer nos valeurs familiales. Normalement, le travail, les nombreuses activités et le stress quotidien ne nous permettent pas de consacrer beaucoup de temps à la vie familiale alors nous récupérons maintenant le temps perdu. Nous avons tissé des liens plus forts et nous avons appris à être plus solidaires. De plus, cette pandémie a peut-être conscientisé les gens à l’importance de préserver la planète et ses ressources.

Au niveau du travail, nous implantons des stratégies pour maintenir la communication et l’enseignement mais c’est un défi pour les enseignants. Le réseau n’est pas fiable, la couverture internet n’est pas assez étendue et beaucoup de gens n’ont pas accès à la technologie.

Au sein de la population, il y a de la peur, de l’incertitude et de la confusion, pas seulement face à la pandémie qui touche la population mondiale mais également face aux décisions du gouvernement. Nous sommes très préoccupés parce que nous ne savons pas quand tout cela se terminera. Mais au-delà de cette inquiétude, il y a des familles en situation de vulnérabilité extrême, dont le principal défi au quotidien est de pouvoir s’alimenter.

Au début de la pandémie, je suis devenue stressée et dépressive en étant trop dépendante aux nouvelles et aux informations qui en parlaient. Tout cela a disparu quand j’ai décidé de me remplir de valeurs et d’informations pouvant influencer positivement ma vie, comme de passer du temps en famille. Bien sûr, il y a des moments plus difficiles mais l’important est d’avoir une attitude positive et de penser à un futur prospère pour tout le monde.

Beatriz Garcia Pluas
Directrice
Unidad Educativa Especializada Fiscomisional Nuestra Señora del Carmen
Projet QSF d’inclusion sociale
Équateur

Il y a beaucoup de peur ici. Les gens croient qu’ils mourront s’ils contractent la COVID-19. Les familles qui ont des enfants souffrant d’handicaps croient qu’ils ne survivraient pas à l’attaque de ce virus. Les bananeraies n’ont pas cessé leurs activités de sorte que dans certaines familles au moins une personne doit sortir quotidiennement, ce qui fait craindre qu’elle soit contaminée et qu’elle contamine ensuite les autres.

Chaque jour je communique avec les professeurs de l’école qui me font part des difficultés de leur famille et de celles des voisins mais il y a une incapacité à résoudre les problèmes. Le confinement social avec des enfants handicapés qui ne vont pas à l’école est difficile à gérer. On voit notamment que les femmes à la maison se retrouvent surchargées par les tâches. On perçoit un certain accablement. Il y a une forte charge émotionnelle devant l’incertitude et la peur.

Pour le moment il n’y a pas beaucoup de signes encourageants. Il y a des morts silencieuses, sans cause déterminées parce qu’il n’y a pas de soins médicaux ni de résultats de laboratoire. On oublie des personnes qui ont pourtant de terribles maladies.

Maria Lourdes Garcia Lopez
Promotrice sociale
Projet QSF d’inclusion sociale
Équateur

Au sein de la communauté, le sentiment est que plus le temps passe, plus la situation économique des familles va en empirant. Chaque jour il y a des mises à pied dans les entreprises publiques et privées et l’accès aux produits de première nécessité est de plus en plus limité.

C’est un défi pour la population équatorienne de rester en confinement sans un appui du gouvernement pour l’approvisionnement alimentaire et sans mesure pour améliorer la situation économique des familles.

Nous faisons du télétravail et gardons le contact avec nos bénéficiaires à travers les réseaux sociaux où se partagent des mesures préventives et de bonnes pratiques pour la routine quotidienne.

Il y a quelques moments de découragement lorsque je pense à toutes ces activités que nous réalisions avant la crise pour les enfants et les adolescents mais nous gardons espoir que tout cela reviendra.

Partagez