PANDÉMIE DE COVID-19

Témoignages de Bolivie

Publié le 21 avril 2020

Catégories: COVID-19

Julia Herminia Ibañez Huacani
Optométriste
Clinique d’optométrie TSF du Centre de santé de Curva Pucara
Bolivie

Depuis le début du confinement lié à la COVID-19, les choses ont changé au centre de santé de Curva Pucara. Moins de gens se présentent pour recevoir des soins de sorte que le personnel médical se relaie pour des quarts de travail de sept jours suivis d’un repos de sept jours.

Nous traitons seulement les urgences mais comme les écoles sont fermées, des gens de la communauté viennent pour des soins d’optométrie. Nous les recevons en nous assurant de nous protéger avec les masques, les gants, et les lunettes qui ont été amenés par des volontaires de TSF. La mairie nous a fourni des fumigènes et du matériel de désinfection.

Nous logeons dans les endroits que le Centre de santé met à la disposition des internes. Mais il fait très froid et il n’y a pas de chauffage. Nous devons apporter nos couvertures mais aussi notre nourriture. Il n’y a rien ici. Tout est fermé et il n’y a pas de commerce pour que nous puissions nous approvisionner en nourriture. Ici, les gens vivent de leur récolte et de leur élevage. C’est très difficile pour eux. Et très triste pour les enfants et les ainés qui sont enfermés.

Ma famille n’était pas d’accord pour que je prenne mon tour de garde. Mais je leur ai dit que c’est pour ça que j’avais étudié, que je suis aussi chirurgienne et que je peux aider les gens, d’autant plus en ce moment. Mais j’enrage et je me sens impuissante devant le peu de biens et de fournitures qui sont donnés au personnel médical pour permettre de prendre soin et de guérir les personnes qui pourraient contracter la COVID-19.

J’ai des sentiments très mitigés. D’un côté, je laisse ma famille en sachant que je la met à risque en travaillant à la clinique mais de l’autre je suis conscience de devoir respecter mon engagement professionnel, en me disant que si je peux aider, alors je peux espérer.

Jose Antonio Morales Calvetty
Dentiste
Clinique de dentisterie TSF du Centre de santé de Laja
Bolivie

Depuis le début du confinement en Bolivie, les objectifs ont changé et nous traitons seulement des urgences. Nous faisons des quarts de trois ou quatre jours en dormant à même les salles où nos travaillons ou dans les quartiers réservés aux internes.

Nous renforçons présentement tout ce qui concerne la prévention et la sensibilisation en expliquant à la population, notamment avec les présentations envoyées par TSF, les mesures devant être prises pour faire face au Coronavirus.

Mais la population ne comprend pas encore que ce virus est très dangereux. Les gens essaient de mener leurs activités comme à la normale alors notre travail en est devenu un de sensibilisation et d’éducation. Heureusement nous voyons peu à peu les choses changer.

Il est très difficile de se rendre aux centres de santé. Il faut marcher deux ou trois heures pour rejoindre notre transport. Nous devons en plus apporter des couvertures puisqu’il fait très froid et prévoir de la nourriture puisque tout est fermé.

Nous n’avons pas assez d’équipement pour nous protéger. Au départ, nous avons fourni notre propre équipement de bio-sécurité. Nous avions aussi un stock apporté par les volontaires TSF qui sont venus en mission et la municipalité nous en a donné. Mais ce n’est pas suffisant.

Je n’ai pas vu ma femme et ma fille depuis un mois par peur de les infecter à travers le travail. Tout cela est très triste. Je me sens impuissant parce que nous faisons de grands efforts pour nous rendre au travail tout en laissant notre famille mais encore beaucoup de personnes ne veulent rien entendre et continuent de s’exposer sans respecter les consignes.

Mais je dois rester fort pour la famille, pour ma fille, pour les amis. Nous devons être positifs et le transmettre.

Eduardo Pacosillo
Dentiste
Projet TSF de dentisterie
Centre de santé de Pucarani
Bolivie

Je suis un dentiste de Pucarani et pour l’instant je me concentre seulement sur les urgences et j’aide au triage des patients qui se présentent au centre de santé.
Il y a un grand manque d’équipement pour nous protéger contre la COVID-19. Heureusement nous avons pu compter sur ce qui a été donné par TSF à travers le projet d’envoi de volontaires. Cela nous a beaucoup aidé lorsque la quarantaine a débuté.

Au cours de la dernière semaine, nous avons reçu une trentaine de combinaisons de biosécurité jetables. Mais nous sommes plus d’une trentaine de personnes exposées au quotidien à s’occuper des patients et nous ne pouvons pas savoir quand arrivera une personne contagieuse.

Ici, de nombreuses personnes âgées vivent grâce au Carmelo, une céréale en poudre subventionnée par le gouvernement. Mais le stock est épuisé. Ce sont ces personnes âgées qui souffrent le plus parce qu’il n’y a plus d’approvisionnement et qu’elles ne peuvent pas se rendre en ville.

Nous vivons une grande tristesse parce que nous ne sommes pas préparés et que cela deviendra très difficile si les cas de COVID-19 continuent d’augmenter. Cela fait un mois que je n’ai pas vu mes enfants. Cela me peine mais je dois continuer à lutter. C’est la profession que j’ai choisie.

Ilsen Dayan Gonzales Linares
Médecin et technicienne en optométrie
Projet TSF d’optométrie
Centres de santé de Palcoco et Pucarani
Bolivie

Depuis le début de la quarantaine, je fais des quarts de travail de quatre jours. Je suis en fonction 24 heures par jour pour faire face à toute urgence qui pourrait survenir.

Nous faisons de la prévention et de la sensibilisation auprès de la communauté. Cela est d’autant plus important qu’à la base les gens ont été mal informés et ne croient pas à la COVID-19. Comme nous ne pouvons pas accueillir de groupes au centre de santé afin de respecter les mesures de distanciation, nous allons dans les maisons pour faire de la prévention et demander aux gens de ne pas sortir.

En optométrie, nous recevons seulement quelques patients puisque le risque de contagion est trop élevé et que nous n’avons pas tout le matériel de protection nécessaire. Pour le moment, nous pouvons compter sur le matériel envoyé par TSF mais nous n’en aurons bientôt plus. Nous n’avons toujours rien reçu des autorités.

Je vis seule avec ma mère qui est une personne âgée alors je n’aime pas la laisser seule. Ça me préoccupe mais en même temps je veux faire tout ce que je peux pour aider, même si c’est stressant de s’occuper de patients sans savoir s’ils sont atteints de la COVID-19.

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