Avions Sans Frontières à la croisée des chemins

Publié le 8 novembre 2010

Catégories: 2010, Avions Sans Frontières, Nouvelles

Dans son rapport annuel, Vincent Ndombe, administrateur d’Avions Sans Frontières (ASF) en République démocratique du Congo (RDC), affirme qu’en 2009, la situation de guerre s’est étendue dans le Bas-Uélé et dans le Haut-Uélé.

« Selon les statistiques publiées par les organismes de l’ONU, de janvier à novembre 2009, la Lord Resistance Army (LRA) a lancé 317 attaques dans les districts du Haut et du Bas-Uélé. Ces attaques ont provoqué de vastes mouvements de population. En novembre 2009, dans le district du Haut-Uélé, le nombre de déplacés s’élevait à 214 752 personnes dont 112 207 dans le territoire de Dungu et 64 550 dans le territoire de Faradje. Dans le district du Bas-Uélé, le nombre de déplacés était de 50 857 dont 26 580 dans le territoire de Ango et 11 430 dans le territoire de Poko. » Cette situation de conflit a poussé plusieurs organismes humanitaires à s’implanter dans la région pour venir en aide aux populations déplacées. « Si les grands centres sont plus ou moins sécurisés, le problème majeur pour l’intervention des ONG réside au niveau de l’acheminement de matériel et de personnel, car plusieurs tronçons de routes qui relient ces centres sont coupés à cause de l’insécurité. Presque tout le matériel est acheminé par voie aérienne, » remarque Vincent Ndombe, tout en ajoutant qu’après 25 ans d’opération en RDC, le Cessna 206 d’ASF est plus utile que jamais. D’ailleurs, les statistiques de la dernière année le démontrent. Alors que les années passées, le nombre d’heures de vol restait autour de 500, le petit porteur a effectué 812 heures de vol en 2009. L’avion a volé plus de 500 heures pour transporter des vaccins, des médicaments, du matériel pour les populations sinistrées et des personnes ressources, en particulier des spécialistes en santé. Le petit porteur a aussi évacué 36 personnes dont 23 blessés de guerre victimes des exactions de la LRA. Basé à Dungu, au centre même de la région touchée par les exactions de la LRA, le Cessna 206 a même été le seul avion capable d’aller sur toutes les petites pistes de la région, pour intervenir efficacement et rapidement afin de porter secours aux sinistrés. Évidemment, la multiplication des interventions a grandement augmenté la pression sur le Cessna 206, d’où la nécessité d’étudier de nouvelles avenues permettant de répondre aux besoins. Ainsi, Terre Sans Frontières évalue la possibilité de doter Avions Sans Frontières d’un deuxième appareil, un Cessna Caravan 208. « Il y a vingt-cinq ans, au début d’ASF, nous avons mis le Cessna 206 en opération parce que c’était le meilleur avion à l’époque. Il peut contenir cinq passagers, le pilote et un peu de cargo. Mais les pièces de rechange sont maintenant difficiles à trouver tout comme l’afgas, son carburant, est cher et compliqué à transporter », explique Robert Gonneville, directeur général de Terre Sans Frontières. « Pour sa part, le Cessna Caravan peut prendre neuf passagers, un pilote et davantage de cargo. Aussi le carburant qu’il utilise est moins cher et plus facile à trouver. Il peut faire 90 % à 95 % des pistes que fait le 206. Ce dernier est efficace pour de petites distances mais le 208, avec ses deux moteurs, est bon pour les grandes distances. Nous avons donc entrepris d’évaluer la rentabilité d’un Caravan 208 en faisant la location d’un appareil pour l’exploiter durant quelques mois dans la zone couverte par ASF », ajoute Robert Gonneville. Comme cette évaluation est déjà concluante, TSF lancera une campagne pour l’achat d’un Cessna Caravan 208, afin de répondre aux nouveaux besoins humanitaires et commerciaux des gens de Dungu, tout en finançant les opérations du Cessna 206. « ASF est à la croisée des chemins », dit sans détour Jean-François Dubois, directeur des programmes internationaux chez TSF. « Les opérations du Cessna 206 d’ASF sont de plus en plus difficiles à financer. La première génération d’acteurs commence à passer et c’est le temps de la relève. Nous partons sur de nouvelles bases, avec de nouvelles personnes. L’avion est plus nécessaire que jamais. Il y a vingt-cinq ans, nous avons implanté l’avion « en attendant ». Des années plus tard, le peu de routes qu’il y avait se sont détériorées à cause des conflits et l’avion demeure la seule solution pour se déplacer », conclut-il.

Un commentaire

  1. Labonté Carol-Guy a écrit :

    Bonjour à Robert Gonneville, Jean-François Dubois et la gang, ça fait maintenant vingt ans que je vous ai quitté à cause de la guerre dans l’ex-Zaire, je pense souvent à vous et je suis en contact avec quelques personnes de Kisangani… d’après ce que l’on me rapporte il n’y a plus d’avion ASF dans la région de Kisangani, c’est dommage mais je comprends que l’organisme ne peut pas prendre de chance de placer un avion à cet endroit, du moins pour le moment, d’autant plus que l’essence est de plus en plus chère.
    Malgré les grands dangers qui existaient dans mon temps (1995-1996) j’avais beaucoup aimé travailler à cet endroit où je couvrais un vaste territoire de Kindu à Bondo et de Bumba à Butembo.
    Maintentant, rendu à mon âge, (bientôt 77 ans) je commence à me tranquilliser et j’ai complètement laissé tomber l’aviation. J’oeuvre dans le domaine de la rénovation depuis mon retour de l’Afrique .
    Je sais que le centre de la RDC a un besoin aussi urgent que dans le nord de ce pays et je trouve malheureux qu’ASF n’ai plus d’appareil à cet endroit.
    Je souhaite de tout coeur qu’ASF se procure un Cessna 208 (Caravan) car après le Cessna 206, c’est l’avion idéal pour la poursuite du bon travail d’ASF.
    Bon travail à toute l’équipe ASF et surtout à ses dirigeants.

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