Le souffle de la bonté

Publié le 14 mai 2018

Catégories: Blogue, Terre Sans Frontières Haïti

Par : Philippe Legault

L’histoire raconte que le bateau du célèbre flibustier Henry Morgan a coulé en 1669 au large de l’Île à Vache et que de nombreux pirates, boucanier et autres forbans en ont fait leur port d’attache. Pour y parvenir, il faut rouler quatre heures de Port-au-Prince jusqu’aux Cayes, puis naviguer dans une grande barque une bonne demie-heure pour accoster là où les affaires nous mènent : ce peut être à Kay Koch ou l’Anse-du-Four pour les rares touristes, ou au village de Madame Bernard, point central de la vie communautaire de l’Île, pour rejoindre le Centre d’accueil Saint-François d’Assise. Soixante-dix enfants, dont 28 souffrent d’handicaps divers, y sont hébergés.

Les enfants sans handicapes proviennent tous de l’île même alors que les petits et les petites qui ont des handicapes ont été recueillis un peu partout dans le pays par soeur Flora Blanchette, une québécoise dont le dévouement spectaculaire a amené beaucoup de gens et d’organisations à vouloir l’appuyer.

Pendant des années, les groupes se sont suivis pour offrir un soutien de base permettant au centre de garder la tête hors de l’eau. Mais Terre Sans Frontières (TSF) a réalisé en 2015 que cela ne suffisait pas pour pallier aux besoins sans cesse grandissants et pour en assurer la pérennité. TSF a donc amorcé la prise en charge du centre, pour ensuite l’accélérer grâce à l’appui de la Fondation Marcelle est Jean Coutu et l’implication des Soeurs de Saint-François d’Assise de Lyon. 

Tout de suite il a fallu donner un grand coup de balais, particulièrement pour améliorer la salubrité des lieux. Nouveaux blocs sanitaires, système de filtration de l’eau, nouveaux bains thérapeutiques pour laver les enfants handicapés, nouvelle buanderie, construction d’un petit incinérateur à déchets, adoption du propane pour la cuisson au lieu du bois… pratiquement tout ce qui pouvait être fait pour assainir l’environnement du centre l’a été. Y compris une intervention majeure visant à éradiquer une épidémie de gale qui touchait non seulement les enfants, mais également les élèves de l’école voisine, le personnel et plusieurs résidents de la communauté environnante. L’épidémie était à ce point grave qu’il a fallu brûler les matelas et le linge des enfants. Une tâche titanesque certes, mais qui a résolu le problème.

L’appui d’un médecin et d’une infirmière pour cette opération a aussi mené à la découverte de nombreuses autres pathologies chez les enfants, dont des infections graves, des bronchites et des pneumonies. On a même découvert des cas d’épilepsie, aujourd’hui contrôlés grâce à l’instauration d’un suivi médical régulier offert à tous les enfants du centre.

Tout cela s’est fait malgré la rareté sur l’île de matériaux, de nourriture, de médicaments et de ressources humaines, qu’il faut amener des Cayes. Malgré les aléas venus du ciel aussi : l’ouragan Matthew a sauvagement dévasté l’Île à Vache en 2016. Mais le vent du changement avait déjà soufflé sur le Centre d’accueil Saint-François d’Assise. La résilience y a établit demeure, sur de solides fondations. Alors que viennent les ouragans… les bourrasques de bonté qui s’engouffrent entre ses murs souffleront toujours plus fort.

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